Joëlle Breuil

30 Déc 2013 | Portraits | 0 commentaires

La fille qui habitait dans la forêt

Joëlle Breuil, je m’en souviens très bien. C’est la fille qui habitait dans la forêt.

Pendant les premières années de ma vie, j’habitais rue du Bois-vert à Pompadour, dans la maison du bout de la rue. La dernière maison du village.

Au-delà la maison, la route s’arrêtait :  une barrière, un étang, des chênes, un vieux lavoir. Et, au loin, des bouleaux.

En rentrant de l’école, je m’arrêtais chez moi. Joëlle Breuil, elle, passait la barrière, longeait l’étang, passait le rideau d’arbres et disparaissait dans la Nature.

Je ne sais pas combien de fois je l’ai regardée s’éloigner puis disparaître. Je ne me souviens pas si on se parlait en rentrant de l’école. Dans ma mémoire, on marchait à une certaine distance l’un de l’autre, comme si on s’observait du coin de l’oeil. Je n’ai aucun souvenir du moindre mot échangé, aucune trace dans ma mémoire du caractère ou du son de la voix de Joëlle Breuil. Mais je me suis longtemps demandé à quelle distance se trouvait sa maison, après les arbres; à quoi elle pouvait bien ressembler.

Plus tard, sur les rives de cet étang, mon père allait tuer deux loups. Deux loups dont je rêvais toutes les nuits et qui me couraient après sans relâche. Pendant des années. Et un jour dans le rêve mon père est arrivé et a tué les loups d’un coup de fusil. Cela a-t-il un rapport avec Joëlle Breuil ?

Je retourne souvent au Bois-Vert, je passe souvent devant cette maison d’enfance où mes grands-parents ont vécu après moi, où j’ai eu mon bureau bien plus tard. J’y étais avant-hier, dans la maison de mon oncle qui se situe à quelques mètres de mon ancienne maison.

Je retourne même parfois sur les rives de l’étang du Bois-Vert.

Mais jamais dans ma vie je n’ai dépassé le rideau de bouleaux.