Monsieur et madame Faure

14 Jan 2014 | Connaissances, rencontres, réseau | 0 commentaires

Juste à côté de chez les deux dames d’en face vivaient monsieur et madame Faure.

Monsieur Faure passait une bonne partie de son temps dans son jardin, en tablier, avec sa grosse moustache en balayette et son chapeau. Je passais des heures à le regarder bêcher, tailler, nourrir ses lapins. J’allais remplir le seau au robinet pour l’aider. Il était d’une extrême gentillesse. Comme monsieur Fondeur, il roulait ses cigarettes avec un tabac dont l’odeur, dans le jardin, me semblait merveilleuse. Je me souviens de sa manière de rouler les r, de son petit rire qui ressemblait à une toux.

Chaque printemps, pendant des années, monsieur Faure nous a offerts des framboises et des groseilles de son jardin. Je crois que jamais un dessert ne me plaira autant que les fruits de chez monsieur Faure.

Madame Faure, elle, restait dans la maison. Elle cuisinait, faisait des gâteaux, m’offrait à boire. Je la voyais surtout l’été, lorsque son petit-fils Patrick Faure venait en vacances et qu’on passait notre temps ensemble.

Les Faure avaient un chat. Un énorme siamois fourbe à la queue coupée qui s’appelait « Billou ». Il traînait dans le quartier, à l’affût des oiseaux. Il m’inquiétait vaguement mais j’avais appris à ne pas avoir peur de lui.
Plusieurs fois dans la journée on entendait madame faure appeler « billoubilloubillou Le billouuuu « .

C’est la première fois et la dernière fois de ma vie que j’écris le nom de ce chat. Il y a des noms qui ne sont que des sons, et à qui l’orthographe ne sied pas.